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Annulation de la session
--> Est-ce possible?
Voici un texte paru sur le site de l'UQÀM en grève écrit par un prof. Un article très intéressant pour ceux qui se poserait des questions sur une éventuelle annulation de la session d'hiver 2005...

"Bonjour,

puisque je connais votre engagement dans la grève actuelle, je vous
écris pour vous faire part des faits et des possibilités en ce qui a
trait à une éventuelle annulation de la session. Peut être savez vous
déjà tout ce que je vais vous dire, mais en discutant avec d'autres,
je me suis senti dans lebesoin d'apporter des précisions et des
éclaircissements. Il règne en fait un certain obscurentisme à ce
propos. Le Ministre Fournier répète à qui veut bien l'entendre que
les étudiants mettent leur session en danger, que dépassée une
certaine limite, il n'hésitera pas à annuler la session. C'est
d'ailleurs un des arguments, sinon le principal argument, que les
opposants à la grève font
valoir. Qu'en est-il exactement? La session peut-elle vraiment être
annulée si la grève se poursuit la semaine prochaine? Les étudiants
doivent-ils craindre quelque chose à ce propos? Pour vous éclairer,
voici les faits et les différentes possibilités

Si, à Valleyfield, la grève se poursuit au-delà du mercredi 16 mars,
le nombre de journées reprises viendra qu'à dépasser la date
fatidique du 15 juin, journée où les professeurs tombent en vacance.
En fait, pour l'instant, ce ne sont pas des journées d'examens ou de
cours qui excèderaient le 15 juin, mais plutôt une partie des 5
journées de correction que la Direction doit obligatoirement allouer
aux professeurs après la scéance d'examen.

Ainsi, en cas de prolongation de la grève, uniquement 4 différentes
possibilités pourraient être envisagées. Je les mentionne pour
ensuite en faire une analyse:

1- la session se poursuit normalement au delà du 15 juin et les
professeurs sont alors payés en temps supplémentaire.
2- la session s'arrête temporairement le 15 juin et recommence le 16
août, date où les professeurs reviennent de vacance.
3- un décret gouvernemental fait en sorte de modifier
exceptionnellement la loi sur les collèges en décretant que la
session comportera "x" nombre de journées de classe plutôt que les 82
que la loi prévoit. Ce "x" est évidemment inférieurà 82.
4- la session est annulée par le ministre.

Analyse:
La première possibilité peut paraître la plus réalisable d'un point
de vue externe. Mais il n'en est rien: les budgets des Collèges sont
serrés et payer tous les professeurs en temps supplémentaire
coûterait très cher. À une époque où le gouvernement surveille toutes
ses dépenses et où il n'offre aucune augmentation salariale à ses
employés depuis 3 ans, cette possibilité apparaît tout simplement non-
valide. Et de l'avis même de notre Directeur Général, cette
possibilité doit être négligée.

La deuxième possibilité paraît loufoque, entre autres si, par
exemple, les cours se terminaient le 15 juin et que les examens
avaient lieu à partir du 16 août. Cette possibilité comporte
également un lot de problèmes administratifs: la remise des notes se
feraient très tardivement, l'ensemble des
structures scolaires en serait affecté, que faire avec les échecs?,
comment planifier les nouveaux horaires?, faudrait-il également
retarder la session d'automne?, etc. Pourtant, en 1996, c'est cette
possibilité qui a prévalu. Il s'agissait toutefois alors de la
session d'automne qui se termina au milieu de janvier, et cette grève
avait été plus courte que celle d'aujourd'hui. Ce n'est donc pas le
même contexte. Toutefois, du point de vue de la loi, c'est cette
possibilité qui doit prévaloir. Elle n'est donc pas à négliger. C'est
d'ailleurs sur cette possibilité qui travaillent actuellement les
directions scolaires touchées par la grève. Légalement, malgré ses
bizarreries, c'est ce qui se produira. Les étudiants doivent en être
informés.

Avant d'examiner la troisième possibilité, j'aimerais démontrer la
quasi-impossibilité de la quatrième. En annulant la session, le
ministre retarderait l'arrivée à l'université de plusieurs étudiants,
il empêcherait plusieurs étudiants de travailler, il nuirait
énormément au recrutement dans plusieurs entreprises, il se donnerait
de nouveaux coûts astronomiques puisque la session devra être reprise
(si l'étudiant paye un peu pour être aux études, l'État paye beaucoup
plus pour chaque étudiant), il risquerait des poursuites juridiques
par des regroupements d'étudiant faisant des recours collectifs pour
un remboursement de leurs frais de scolarité (les étudiants
perderaient sans doute ces recours, mais le simple fait que ces
recours se produiraient salirait le gouvernement pour très longtemps,
en plus de lui être on ne peut plus dispendieux en frais d'avocat de
toute sorte, etc.), etc., etc. En fait, il ne faut pas un gros cours
de mathématique ou de philo pour s'apercevoir que les coûts
financiers et autres) engendrés par l'annulation de la session
EXCÈDERAIENT de loin 103 millions...

Devant ces faits, la possibilité d'annuler la session devient
ridicule (et certains de ces faits tendent aussi à rendre invalide la
deuxième possibilité). Lorsquele Ministre dit que la session pourrait
être annulée ou encore poursuivie en août, il ment, c'est de la
propagande fallacieuse, du chantage, et
cela doit être dit, redit,relevé et souligné. Pourquoi ce mensonge?
Cette tromperie est l'arme du
gouvernement pour faire peur aux étudiants.

"Politique 101": pour bien comprendre le sens d'un énoncé d'un acteur
politique, il ne faut pas analyser l'énoncé pour lui-même, mais bien
toujours porter notre regard sur l'effet qu'il tente de produire.

Ainsi, la désinformation véhiculée par le ministre ne vise qu'un seul
objectif: un effet de crainte et de peur (et à entendre plusieurs
étudiants, cet effet est prodigieux...). Or, la crainte et la peur
peuvent être des armes redoutables, mais qui ne font heureusement pas
le poids devant la patience de l'analyse rationnelle des faits et
arguments.

En vérité, la possibilité d'annuler la session DOIT ÊTRE COMPRISE
COMME UNE ARME DES ÉTUDIANTS BIEN PLUS QU'UN ARGUMENT RAISONNABLE DE
LA PART DU GOUVERNEMENT.
Autrement dit, ce ne sont pas les étudiants qui ont à craindre une
éventuelle annulation de la session, mais bel et bien le
gouvernement, qui a ici tout à perdre. En ce sens, les étudiants ont
actuellement un rapport de force puissant. En poursuivant la grève,
ils mettent une pression énorme
sur le gouvernement: les autorités universitaires s'inquiètent, les
directions collégiales se demandent quoi faire, les entreprises ne
cessent de le contacter, les employeurs d'été ne peuvent se passer
des étudiants, ses coûts augmentent, le système administratif au
complet est inefficace ou bloqué, il
continue de se mettre la population à dos, etc., etc.

Ces pressions sont fortes et doivent être mentionnées pour maintenir
le courage, le dynamisme et l'enthousiasme des grévistes. Évidemment
que le ministre n'ira jamais en parler ouvertement. Il va se montrer
paternaliste, parfois scandalisé, toujours innocent.

Reste donc la troisième possibilité: diminuer le nombre de journées
scolaires de la session. C'est cette possibilité qui a plus souvent
qu'autrement prévalu lors de longues grèves. Les professeurs s'en
accomoderaient, les directions scolaires seraient satisfaites, les
employeurs seraient soulagés,
certains étudiants seraient très heureux. Suite à cette analyse,
c'est cette possibilité qui paraît la plus raisonnable, et donc la
plus souhaitable et envisageable.

J'avoue cependant que le raisonnable n'est peut être pas la chose du
monde la mieux partagée..., mais en démocratie, il faut présupposer
le contraire.

En espérant vous avoir renseignés, faites circuler ce message si vous
le jugez pertinent.

Au revoir, bon courage
Philippe Dumesnil, Collège de Valleyfield, 10 mars 2005"


Ecrit par Klerann, le Dimanche 20 Mars 2005, 19:49 dans la rubrique "*Questions".